Campagne
"Je parle portugais"

Discrimination à l'Université Marc Bloch de Strasbourg :
le cas de l'enseignement de la langue portugaise


AGREGATION DE PORTUGAIS

Face aux menaces qui pèsent sur la session 2009 de l'Agrégation de Portugais, dont le programme n'est pas encore paru, l'ADEPBA s'est adressée au Ministère de l'Education (20 juin) et à l'Ambassade du Portugal (18 juin). Chacun trouvera ici les documents en question :

- Lettre au Ministre de l'Education nationale

Le Président
à
Monsieur Xavier DARCOS
110 rue de Grenelle
75007 Paris

Objet : non parution du programme de l'Agrégation de Portugais

Monsieur le Ministre,

L'ADEPBA constate avec surprise et inquiétude que le programme de l'Agrégation de Portugais pour l'année 2008-2009 ne figure pas encore au Journal Officiel, alors même que ceux des concours équivalents ont été publiés. Il est à craindre qu'il s'agisse là d'un signe annonciateur d'une éventuelle suppression de ce concours.

Une telle perspective entrerait en contradiction flagrante avec les accords bilatéraux (avril 2006) signés avec le Portugal concernant l'enseignement de nos langues respectives. Cela irait à l'encontre des multiples déclarations sur la nécessité de la pluralité linguistique dans notre système éducatif, alors même que les instances européennes ont déclaré l'année 2008 « Année du dialogue interculturel » et que l'année 2009 sera celle de «la France au Brésil » ! Et ce, à un moment où la France s'apprête à occuper la Présidence de la Communauté européenne, risquant de montrer par là le peu d'intérêt qu'elle porte à la langue et à la culture de l'une des composantes de cette Communauté. Ce serait encore méconnaître le rôle joué par une langue parlée par 230 millions de personnes sur quatre continents et cela reviendrait à mettre en grandes difficultés les différents Départements universitaires dispensant cet enseignement. Enfin, sans préjudice de bien d'autres arguments, le coût financier que représentent les deux et uniques postes concernés (qui d'ailleurs ne sont pas forcément des postes « nouveaux » puisque des certifiés sont susceptibles d'accéder à ce grade), semble - et il est facile d'en convenir -, bien dérisoire...

Monsieur le Ministre, les enseignants de Portugais de l'enseignement secondaire et du Supérieur vous demandent d'agir en vue de la parution très prochaine du programme en question et, donc, de veiller à la tenue du concours de l'Agrégation de Portugais pour l'année qui vient.

En souhaitant que cette demande soit prise en compte, veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l'expression de notre haute considération.

Christophe GONZALEZ


- Lettre à Monsieur l'Ambassadeur du Portugal en France

Monsieur l'Ambassadeur,

Au nom des enseignants de portugais, l'ADEPBA (Association pour le développement des études portugaises, brésiliennes, d'Afrique et d'Asie lusophones), s'inquiète de la non publication du programme de l'Agrégation de portugais, normalement prévue pour la session 2009, alors que les autres programmes de langues ont déjà été publiés. Cette situation laisse présager que ce concours n'aura peut-être pas lieu l'année prochaine, pour la première fois depuis la création de cette agrégation. Ce serait là un événement préjudiciable à l'enseignement du portugais dans le système éducatif français. Non seulement il porterait atteinte aux divers Départements universitaires préparant ce concours mais il serait contraire à l'idée des accords bilatéraux signés en 2006 entre la France et le Portugal. Outre le fait que ce serait faire peu de cas de la réalité d'une langue parlée par 230 millions de personnes dans le monde, cette situation serait regrettable alors même que la France s'apprête à présider l'Union européenne et cette décision reviendrait à une moindre considération d'une des langues de cette même communauté ! J'ajoute que l'argument financier qui pourrait justifier cette décision est très dérisoire dans la mesure où seuls deux postes étaient prévus au plan national.

C'est pourquoi, l'ADEPBA, compte tenu de cette situation et des propos du Ministre portugais de la culture tenus à Bruxelles (21 mai) sur la nécessaire promotion de la langue portugaise dans le monde, souhaiterait une action diplomatique de votre part afin d'obtenir que le concours de l'Agrégation de portugais soit bien mis en place pour 2009.

Veuillez recevoir, Monsieur l'Ambassadeur, l'expression de ma haute considération.

Christophe GONZALEZ,
Président de l'ADEPBA.


Rectificatif dans LE MONDE DE L'EDUCATION du mois d'avril

Mais de qui se moque-t-on ?


Encart publié dans le Monde de l'Education du mois d'avril :

"Tollé des professeurs d'italien et de portugais"


Nous publions ici quelques extraits de lettres de lecteurs indignés par le traitement très succinct réservé à l'italien et au portugais dans le dossier de notre numéro de mars (n°367), intitulé "Quelles langues pour demain ?" Rappelons que ce dossier traitait de l'apprentissage des langues vivantes dans le contexte de la mondialisation économique, et que la dimension culturelle de langues comme l'italien et le portugais, aussi importante soit-elle, n'entrait pas dans le cadre de cette réflexion.

"Comment se fait-il que la sixième langue parlée dans le monde et enseignée en France à plus de 31 476 élèves dans le secteur public, ne soit mentionnée qu'une seule fois dans votre dossier ? La langue portugaise, présente sur les quatre continents, est aussi une langue de la diplomatie et de la coopération internationale."

Gertrudes AMARO


Réaction de Christophe GONZALEZ, président de l'ADEPBA


Compte tenu de l'intitulé de l'encart publié dans la livraison d'avril du Monde de l'Education (p. 22), on pouvait s'attendre à ce que ce mensuel rende justice aux deux langues "oubliées" dans le dossier du mois de mars. Il n'en est rien et le Monde continue à se moquer du monde ! On relèvera d'abord le manque de capacités d'auto-critique de la rédaction, qui présente comme "succinct" ce qui était en réalité inexistant : on saura maintenant qu'il existe un vide succinct... Et tout cela, c'est-à-dire rien, était le fruit d'une "réflexion" : mauvaise note donc pour cette réflexion pleine de vacuité... Il s'agissait, nous dit-on, de traiter de "l'apprentissage des langues vivantes dans le contexte de la mondialisation économique". Soit ! Mais, on n'apprend pas une langue uniquement pour des raisons économiques et, si on le fait, dans le cas du portugais, comment passer sous silence le poids du Brésil, par exemple, ou ce que représentent les pays d'Afrique lusophone ? Sans insister sur le silence assourdissant face aux arguments présentés par les lettres de protestation, notamment celle de l'ADEPBA, la "réparation" attendue se limitant à une poignée de lignes extraites du long courrier de l'Ambassade. Tout cela est en effet bien succinct, et fort peu responsable…

Les entités des différents pays lusophones apprécieront…

Lire l 'entretien de l'ADEPBA avec Michel PEREZ , Inspecteur General de l'Education nationale, publié dans les pages de l'ADEPBA de la revue Cap Mag du mois d'avril (pages 28 et 29).

Réagissons contre le traitement discriminatoire réservé à la langue portugaise
dans le Monde de l'Education du mois de mars 2008 - n°367

Pour la défense de la langue portugaise, soyons nombreux à montrer notre mécontentement et à exiger un rectificatif.

Vous pouvez envoyer un e-mail à : lemonde.education@lemonde.fr

Ou écrire à la rédaction
80, boulevard Auguste-Blanqui, 75707 Paris
Cedex 13

Lire les réactions

Ci-dessous la lettre envoyée par le président de l'ADEPBA, Christophe GONZALEZ au Monde de l'Education pour dénoncer le traitement inadmissible réservé à la langue portugaise dans ce numéro.

Paris, le 7 mars 2008

Madame la Rédactrice en chef,

Le Monde de l'Éducation, dans son numéro du mois de mars (n° 367), publie un dossier intitulé « Quelles langues pour demain ? ». Dans l'ensemble des articles consacrés à cette question, de même que dans les divers encarts illustratifs, la langue portugaise est totalement ignorée. Il y a là un choix incompréhensible qui porte atteinte à la dignité de la langue et de ses usagers, et qui motive cette réponse.

Je voudrais d'abord rappeler que 234 millions de personnes utilisent les variétés de cette langue sur 4 continents, d'où il ressort qu'il s'agit de la 3ème langue d'Europe la plus parlée dans le monde. Outre sa réalité internationale, la langue portugaise existe bel et bien dans le système éducatif français où elle n'est certes pas réservée à la communauté d'origine, et malgré diverses entraves mises à son développement ou à la simple satisfaction de la demande, en tête desquelles on placera le ridicule des deux postes « offerts » au concours annuel de recrutement. Bref, en 2007, environ 13 000 élèves suivaient des cours de portugais dans le deuxième degré et 14 800 le faisaient dans le premier degré. A quoi il faut ajouter l'existence de 6 sections internationales et 50 sections européennes avec la langue portugaise.

Cette réalité mériterait d'être portée à la connaissance de vos lecteurs pour un panorama plus complet des langues proposées dans notre enseignement et un traitement d'égalité entre elles, au moins au plan de l'information. Après tout, l'arabe et le russe - le premier avec moitié moins d'élèves que le portugais et le second avec à peu près les mêmes effectifs -, bénéficient chacun d'un encart (p. 35 et 37). Et si le portugais est parfois placé parmi les langues dites « rares » (concept qui serait à discuter), dont vous écrivez qu'elles apportent « un vrai plus », comme il apparaît sur votre couverture, autant faire profiter le public de ce « plus »… et ne pas le soustraire !

En espérant que vous pourrez prochainement apporter un complément d'information sur ce point, veuillez croire, Madame, à mes sentiments les meilleurs.

M. Christophe GONZALEZ
Professeur des Universités
Président de l'ADEPBA

Lettre adressée au Monde de l'éducation par l'association Cap Magellan

Madame la Rédactrice en chef,

Avant même la réunion de notre Conseil d’Administration qui prendra position sur ce véritable affront fait à la langue portugaise, je tenais à associer, dès aujourd'hui, l’Association Cap Magellan à l’ensemble des structures et personnes qui dénoncent l’incroyable oubli de votre dossier intitulé «Quelles langues pour demain?» publié dans le Monde de l'Éducation, numéro du mois de mars.

Quelle déception et quelle manque de professionalisme! Vous nous obligez maintenant à déclencher une onde de protestation et à dénoncer un support dont nous vantions le sérieux. Comment avez-vous pu oublier plus de 230 millions de personnes qui utilise cette langue sur 4 continents? Ne savez-vous pas que le portugais est la 3ème langue d'Europe la plus parlée dans le Monde?

C'est peu dire que de constater que le mal est fait. Nos 54000 contacts et notre Equipe attendons tous votre réponse.

Cordialement,

Hermano SANCHES RUIVO
Président de CAP MAGELLAN
01 42 77 46 89
www.capmagellan.org

Lettre adressée par l'Ambassade du Portugal / Coordination de l'Enseignement portugais en France
au Monde de l'Education du mois de mars 2008 - n°367


Contenu de la lettre adressée au Directeur de Publication et toute l'équipe de la rédaction du magazine Le Monde de l'Éducation :

Dans votre magazine Le Monde de l'Éducation, n° 367 de mars 2008, vous avez consacré un important dossier au devenir des langues. Dans ce tour d'horizon assez large, avec plusieurs articles dont la lecture nous a beaucoup intéressés, vous avez, toutefois, commis un oubli important.

Ainsi, à notre tour, nous aimerions poser une question aux rédacteurs de ces articles:
En France, quelle est la langue enseignée, dans le secteur public, à 14.808 élèves dans le premier degré, dont 5.000 en langue vivante étrangère (9.808 en ELCO) et à 12.223 élèves dans le 2nd degré en 2007, 45% des élèves en LV2 et 30% en LV3, avec 6 sections internationales et 50 sections bilangues, 17 sections européennes, etc.?

Cette langue, la 3ème langue d'Europe plus parlée dans le monde (234 millions de lusophones sur 4 continents) n'a été mentionnée qu'une seule fois dans votre dossier «La mondialisation chamboule le hit-parade des langues». Et pourtant y figurent beaucoup d'articles et références à d'autres langues beaucoup moins représentatives dans le système scolaire français et sur le plan international.

Nous ne doutons ni du sérieux ni de la compétence de vos rédacteurs, mais ce silence nous interroge. Comment se fait-il que la 6ème langue parlée dans le monde et enseignée en France à plus de 31.476 élèves dans le secteur public, n'est mentionnée qu'une seule fois dans votre dossier? Comment justifier cette lacune?

Le portugais est la langue officielle de huit pays dans le monde. Le Portugal et le Brésil sont parmi les premiers partenaires économiques de la France et de nombreuses entreprises françaises possèdent des filiales dans ces deux pays. Dans les dernières années, l'Angola, qui bénéficie d'une croissance annuelle de 27%, devient également un autre pays lusophone qui suscite l'intérêt économique de la France avec laquelle se développent déjà des collaborations institutionnelles surtout dans le domaine de l'éducation.

La langue portugaise, présente sur les 4 continents, est aussi une langue de la diplomatie et de la coopération internationale. Elle est une des langues officielles de l'Union Européenne et une langue de travail de plusieurs organisations internationales telles que: l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA); l'Organisation des États Américains (OEA); du Marché Commun de l'Amérique (MERCOSUD); de la PAC (Pacifique, Afrique, Caraïbes); de l'Organisation des États Ibéro-Américains (OEI); de la Communauté de Développement de l'Afrique Australe (SADC); de l'Union Latine (UL); de l'Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMDA); de l'UNESCO, etc..

Sur le plan culturel, elle se fait également représenter dans les manuels d'Histoire- Géographie du monde entier, souvenez-vous des programmes sur les Grandes Découvertes et du Nouveau Monde. Impossible de passer sous silence des noms comme Magellan, Vasco de Gama et tant d'autres. Si le portugais s'est imposé tout d'abord sur le plan culturel, de nos jours, il se veut une langue de futur international. Ainsi, son apprentissage contrairement à l'anglais, devient une valeur ajoutée, un atout pour l'avenir sur le plan économique.

Actuellement, la croissance de l'enseignement du portugais est de 27 % et cela ne concerne que les élèves du 2nd degré entre 2001 et 2007. Selon les données du Ministère de l'Éducation nationale, la croissance des effectifs dans le secondaire (LV1, LV2 et LV3) - pour l'année 2005/2006 - est de 3%. Ce qui démontre qu'il s'agit d'un véritable enseignement de langue étrangère en France. Ne sont pas comptabilisés tous ceux qui cherchent, parfois avec beaucoup de difficulté, des cours de portugais à des fins professionnelles. Dans ce cas précis, l'offre ne parvient pas à satisfaire la demande car l'enseignement de la langue portugaise se concentre surtout dans les grandes villes.

En 2006, dans le cadre de la coopération franco-portugaise, le Ministère de l'Éducation français, a mis en place, conjointement avec ses homologues portugais, une campagne sur le territoire national, appelée «Je parle portugais», pour la promotion de cette langue dans les Académies et les établissements scolaires.

Encore en 2006, les Gouvernements français et portugais, ont signé un Protocole de Coopération Éducative visant «à augmenter notablement les effectifs d'élèves apprenant la langue portugaise dans l'enseignement scolaire français». Pour cela, le Signataire français s'est engagé à garantir la continuité de cet enseignement «dans tous les bassins d'emploi et de formation où la demande existe, en développant des sites allant du niveau primaire jusqu'au baccalauréat».

En quelques décennies, la langue érudite de Camões est passée à la langue moderne des écrivains comme José Saramago (prix Nobel de littérature en 1998) ou de l'inoubliable Jorge Amado, apportant avec elle non pas le passé, qu'elle a toujours partagé avec le monde, mais aussi le désir de progresser avec lui.

Dans l'enseignement supérieur, l'application du Processus de Bologne facilitant les équivalences de diplômes dans l'espace européen, encourage la mobilité des étudiants, favorise les échanges entre établissements et apporte au portugais un nouvel essor et une nouvelle source de motivation.

Dans un moment stratégique pour les inscriptions dans les classes de langues, nous ne pouvons laisser passer sous silence cette regrettable omission concernant le dernier dossier paru dans Le Monde de l'Éducation.
Ainsi, et soutenus par les raisons que nous venons d'invoquer, nous vous prions de prendre en compte et de divulguer de façon objective les informations que nous vous apportons, afin de réparer une lacune inexcusable dans votre dossier.

Je vous prie d'agréer, Monsieur, l'expression de mes sentiments distingués.

Conseillère Culturelle
Chargée de l'Enseignement
Gertrudes Amaro

CONSEILLER CULTUREL CHARGÉ DE L'ENSEIGNEMENT
6 , PASSAGE DOMBASLE
75015 PARI S
T ÉL. 0 1. 5 3. 6 8. 7 8 .5 3
FAX 0 1 .4 5. 3 1. 8 0. 3 0
e-mail: cge2paris@nerim.fr
Site: www.epefrance.org

Carta que o Presidente da Sociedade dos Hospanistas Franceses enviou ao Monde de L'éducation

Paris, le 16 mars 2008

Madame,

Dans votre dernier numéro du Monde de l’Education, vous proposez un dossier intéressant sur l’avenir des langues vivantes en France, en écartant complètement la langue portugaise.

Cet oubli est d’autant plus étonnant que le portugais est enseigné depuis longtemps dans notre pays, avec une sensible augmentation des effectifs, depuis 2006, dans l’enseignement secondaire (+27%) et une relative stabilité dans le supérieur.

Permettez-moi de vous rappeler qu’il s’agit tout de même de la troisième langue européenne la plus parlée dans le monde, avec 234 millions de locuteurs sur quatre continents.

À la veille de la célébration de l’année France-Brésil, peut-être serait-il utile d’informer vos lecteurs des réelles possibilités d’ouverture, notamment économiques, offertes par l’apprentissage et la maîtrise du portugais, sans oublier bien sûr leur dimension culturelle.

La SHF tient à défendre l’apprentissage de la langue portugaise et à rappeler son importance stratégique. Contrairement à ce que laisserait supposer votre dossier, le portugais est une langue très largement pratiquée dans le monde et pleine d’avenir !

Veuillez agréer, Madame, l’expression de ma considération distinguée.

Georges MARTIN

Lettre envoyée à la rédaction du Monde de l’Education par Mme RAULET Colette

Professeure de Portugais
Collège Michel Servet
et
Lycée des Glières
74107 ANNEMASSE Cedex

Le 19 mars 2008

Mesdames et Messieurs les Rédacteurs,

Je lis régulièrement et avec intérêt le Monde de l’Education. Dans le numéro 367 du mois de mars, le dossier sur les langues vivantes a retenu plus particulièrement mon attention.
Ma stupeur a été grande, et le mot est faible, lorsque je me suis aperçue que le portugais ne faisait pas partie de la « Cartographie de la planète langues » ! Cette omission dénote une ignorance et un mépris envers la Communauté lusophone et me pousse donc à vous répondre.

Je vous signale que le portugais est une grande langue de communication internationale, parlée sur plusieurs continents dans les pays qui composent la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP) : Portugal, Brésil, Angola, Mozambique, Cap-Vert, Guinée-Bissau, São Tomé et Príncipe et Timor-Oriental. Plus de 200 millions de lusophones ! Elle est la 3ème langue européenne la plus parlée au monde et elle progresse sans cesse. Le Brésil, le géant lusophone, seize fois la France, presque la moitié de l’Amérique du Sud, sera vraisemblablement, avec la Chine et l’Inde, une des trois grandes puissances économiques de ce siècle, jouant avec la langue portugaise, un rôle majeur dans le panorama international. Mais tant de Français pensent qu’au Brésil on parle l’espagnol !!! INFORMONS !!!

En outre, le portugais existe dans le système éducatif français à tous les niveaux : écoles primaires, collèges, lycées, universités... Les élèves peuvent le choisir en LV2 et LV3 (BAC : L, ES, S, STG…). Il n’est pas réservé aux élèves d’origine portugaise, brésilienne, cap-verdienne… De plus en plus de jeunes français l’apprennent et le présentent aux divers examens au même titre que l’anglais, l’espagnol, l’italien, l’allemand, le russe…et sont fiers d’être des lusistes. Sur un CV la mention « portugais » est un atout de plus en plus prisé.

Ce dossier rédigé pour informer les lecteurs est ostensiblement discriminatoire envers la langue portugaise. En tant que professeure de portugais depuis de longues années, je dénonce cette discrimination et cette injustice flagrante. Vous devez par souci d’équité et pour ne pas ternir l’image de votre revue, apporter un rectificatif dans votre prochain numéro. Personnellement et encore plus aujourd’hui, je continue à défendre haut et fort l’enseignement de la langue portugaise et de la culture luso-brésilienne.

Veuillez recevoir, Mesdames, Messieurs, mes salutations lusophiles.
Mme RAULET.

Lettre adressée au Monde de l'éducation par Annie Bertrand, professeure agrégée de portugais à Marseille
intitulée "Article surprenant de la part du Monde"

Madame la Rédactrice en chef,

Je viens par la présente vous faire part de mon étonnement devant l'ignorance dont vous faite preuve dans votre numéro du "Monde de l'Education" consacré aux langues enseignées en France et à leur place dans le monde (n°367, du mois de mars).

Comment pouvez vous méconnaître à ce point le monde éducatif ? Je suis professeur de Portugais depuis une trentaine d'années et mes élèves n'ont jamais été des enfants issue de l'immigration portugaise peu présente dans ma région PACA.
Mes classes fonctionnent avec un nombre raisonnable d'élèves et l'ouverture culturelle et professionnelle que leur a apportée la
découverte de cette langue ne s'est jamais éteinte. La présentation des continents (Afrique, Amérique, Asie) qu'ont découverts les Portugais et des pays qui en ont fait leur langue officielle (Brésil, Angola, Mozambique, Timor-Est, Cap vert) est si variée, si large, et si extraordinaire qu'elle permet une réflexion sur notre petit monde et notre société européenne. Peut-être est-ce là le point fondamental de l'enseignement : faire réfléchir par la découverte et la confrontation avec l'autre.

Mais ce n'est pas à moi de vous dire ce qu'est l'éducation, à vous "Monde de l'Education". Par contre, s'il vous plait, présentez les
options existantes pour le choix des langues sans oubli. Laissez parents et enfants faire leur choix pour des motifs qui leur appartiennent.
Ils ne peuvent faire ces choix que si vos exposés sont correctement documentés. Je vous en remercie.

Recevez l'expression de mes salutations distinguées

Annie BERTRAND
Professeur de Portugais
Marseille

Présentation officielle de la mallette "Je parle portugais"

Le Président de l'ADEPBA se réjouit de cette réalisation mais attire l'attention sur le problème du recrutement.

Le mardi 16 janvier, dans les locaux du Ministère de l'Education nationale, s'est déroulée la présentation officielle de la mallette d'information "Je parle portugais". A cette occasion, ont pris la parole MM. François Decoster, Conseiller diplomatique du Ministre, António Monteiro, Ambassadeur du Portugal, Marc Foucault, Directeur de la DREIC, Michel Pérez, Inspecteur général, Christophe Gonzalez, Président de l'ADEPBA. Après les  allocutions, Madame Brigitte Bonfils a procédé à une démonstration des possibilités des deux CDroms contenus dans la mallette.  Nous transcrivons ici les propos de C. Gonzalez :

"Monsieur le Conseiller, Monsieur l'Ambassadeur, Messieurs les Directeurs, Monsieur l'Inspecteur général,

Au nom de l'ADEPBA, maître d'oeuvre de cette mallette d'information dont le lancement est aujourd'hui officiellement célébré, je voudrais d'abord remercier les services du Ministère qui ont su accueillir le projet soumis par l'ADEPBA et ont permis sa réalisation : la Direction des relations européennes et internationales et de la coopération (DREIC) ainsi que la Direction générale de l'enseignement scolaire (DGESCO). Mes remerciements vont aussi à la Coordination de l'enseignement de l'Ambassade du Portugal, de même qu'à la Caixa Geral de Depósitos.

Bien entendu, je tiens à féliciter chaleureusement l'équipe d'enseignants qui a imaginé ce projet et qui a consacré à son élaboration, à sa mise en forme, beaucoup de temps, d'énergie et de compétences, sans craindre d'occuper à cela une bonne partie des vacances d'été 2006.

Cette mallette entre pleinement dans les missions de l'ADEPBA qui, depuis maintenant 34 ans, se consacre au développement et à la défense de l'enseignement du portugais et des cultures lusophones en France. Et d'ailleurs, dans le cadre de ces mêmes objectifs, j'espère que cette excellente initiative sera suivie - et mieux encore, accompagnée -, par d'autres décisions, administratives, politiques, voire diplomatiques, destinées à lever les obstacles qui entravent l'enseignement du portugais, et parfois le réduisent.

Certes, cette soirée n'est pas aux récriminations, mais il n'est pas possible, par exemple, et pour m'en tenir à ce seul point, de passer sous silence le grave problème posé par les conditions des concours de recrutement en portugais : je veux parler de l'alternance agrégation/CAPES, avec seulement deux postes annuels. Cet état de fait compromet la pérennité des études lusophones à l'Université et ne permet pas d'assurer sereinement l'avenir de la discipline, par manque de personnel disponible alors que des besoins se font sentir au moment où l'on entend développer l'enseignement des langues dans le premier degré, dans les sixièmes bilangues, dans les sections européennes, etc.

Pour conclure, je reprendrai les mots que notre premier ministre prononçait en accueillant son homologue portugais, le 10 avril 2006, et selon lesquels "ensemble nous pouvons gagner de nouvelles frontières". Je souhaite donc qu'ensemble, institution et association, nous puissions dépasser ce qui fait encore frontière, et donc obstacle, pour l'enseignement du portugais en France. C'est en cela que les accords bilatéraux signés le 10 avril 2006 trouveront tout leur sens, dans l'intérêt des deux pays, et que, dans la nécessaire diversification des langues au sein de notre système éducatif, le portugais prendra pleinement, et avec plus de sécurité, la place qui lui revient.

Je vous remercie."

Christophe Gonzalez
Président de l'ADEPBA

Campagne d'information nationale en faveur de l'étude du portugais

Une lettre vient d'être adressée aux Recteurs par le Ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, pour annoncer le lancement d'une campagne d'information nationale en faveur de l'étude du portugais.

Les inspecteurs d'académie, les chefs d'établissements et les professeurs recevront prochainement une mallette pédagogique contenant le matériel nécessaire à l'organisation de réunions d'information et à la sensiblisation du public scolaire, des parents d'élèves et des décideurs en faveur de la langue portugaise et des cultures lusophones.

Il est souhaitable que ce matériel réalisé par l'ADEPBA et par l'ambassade du Portugal à Paris sur instruction du ministère soit largement utilisé afin d'accroître la demande et l'offre d'enseignement du portugais dans le système éducatif français.

le 10 octobre 2006

Michel PEREZ
Inspecteur général de l'Education nationale
Groupe des Langues Vivantes
Tel: 01 55 55 31 45
Fax : 01 55 55 06 46
Mobile : 06 80 03 98 23
Freebox : 08 70 21 55 64
mic.perez@free.fr

Lire la lettre du Ministre de l'Education nationale aux Recteurs

En novembre 2006 dans vos établissements...

La mallette d'information


© photo ADEPBA

contenant 2 cédéroms

Voir le cédérom !

 
© photo ADEPBA

ainsi que des affiches et des dépliants


© photo ADEPBA

Cette mallette a été conçue par l’ADEPBA pour la campagne menée par le Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche ( Direction des Relations Européennes et Internationales et de la Coopération et la Direction générale de l’enseignement scolaire) visant à promouvoir l’étude du portugais en France dans le cadre des accords franco-portugais conclus le 10 avril 2006.

Cette mallette d’information sur l’enseignement du portugais a été réalisée à la demande de la DREIC et en collaboration avec l’Ambassade du Portugal en France afin de présenter une information concrète à l’usage des établissements scolaires (enseignants, parents d’élèves) et des décideurs (chefs d’établissements, corps d’inspection, recteurs).

Cette mallette représente également une aide à l’information et à l’animation qui est réalisée auprès du public afin de faire connaître l’intérêt de l’étude de la langue portugaise et des cultures lusophones.

Cette réalisation entre pleinement dans les objectifs de l’ADEPBA. En effet, depuis sa création, en 1973, l’ADEPBA n’a eu de cesse de mettre en œuvre un certain nombre d’actions en faveur du développement de l’enseignement de la langue portugaise (Colloques « images réciproques » France – Portugal et France – Brésil ; stages linguistiques ; organisation de nombreux concours dans le milieu scolaire ; participation à de nombreux salons…)

Nous souhaitons que cette campagne soit fructueuse et nous vous remercions pour votre action en faveur de la langue portugaise.

Avril 2006

Voir le site je parle portugais

L'enseignement de la langue portugaise en France : situation et perspectives d'évolution

Communication présentée au colloque de Montreuil "La langue portugaise, le Brésil, la Lusophonie" le 18/11/2005 par Michel PEREZ IGEN, Responsable du Groupe de portugais

lire la communication au format .pdf

«Cada vez se fala e se escreve pior»

por José Saramago

Voir le site

Site do “Jornal de Letras” n°954 - 25 de Abril a 9 de Maio de 2007


       A história do Acordo Ortográfico parece um folhetim. Vem de longe, parou, andou, tornou a andar, tornou a parar e, agora, quer andar outra vez. Vamos ver o que acontece. Porque chegar a um acordo, pôr no papel os termos desse acordo é relativamente fácil. O pior vem depois: pôr a viver, em prática, as coisas mais ou menos sensatas a que se chegou nesse acordo. Mas na minha opinião, o Acordo Ortográfico é um pormenor. Não que não tenha importância, pois pode pôr um pouco de disciplina na ortografia, mesmo que muita gente continue a não lhe ligar muito. E falta saber o que lhe vai ligar o Brasil. Essa é outra questão. Mas penso que há algo mais importante. É que cada vez se fala e se escreve pior. E aquilo que não vejo é que se faça alguma coisa em relação ao desastre em que se está a tornar a Língua Portuguesa. E só falo da Língua Portuguesa, falada em Portugal. Cada uma dessas línguas portuguesas, que estão espalhadas em África e no Brasil segue e seguirá o seu próprio rumo. Não somos os donos da língua e certamente não quereríamos dizer aos outros como hão-de escrever e falar. Portanto, pode acontecer que daqui a um século se possa reconhecer uma origem comum, mas seja tão grande a variedade que talvez obrigue a traduzir livros escritos em português para outro português.

       Faça-se, portanto, o Acordo e acabe-se esse folhetim, mas encare-se a outra realidade. Assim como se diz que a História entrou num processo acelerado, dá-me a impressão que as línguas entraram também num processo acelerado de corrupção. Uma corrupção que, em alguns casos, pode ser determinada por factores externos. Mas há uma corrupção interna que faz com que o português hoje, falado por uma certa classe de pessoas – e estou a pensar evidentemente na televisão – se tenha transformado numa caricatura do português normal, ou seja daquilo que naturalmente nos sai da boca, quando falamos português. E quanto ao escrever, podia fazer-se um anedotário hilariante com todos os disparates que se escrevem ao pôr no papel uma palavra que não se entendeu bem, que se conhece mal e, portanto, sai deformada. E todos os países de Língua Portuguesa padecem do mesmo mal. Há uns anos estava no Rio de Janeiro e uma pessoa conhecida tinha ficado de me deixar uma mensagem no hotel. Liguei para a recepção e perguntei se a tinham deixado. A funcionária disse-me que ia «chekar», em vez de simplesmente dizer que ia ver ou verificar, que é o português corrente. Introduziu uma palavra bárbara, que tem o prestígio da origem, porque vem dos Estados Unidos. E os brasileiros têm um jeito muito especial para adaptar palavras de uma maneira criativamente surpreendente, mas isso por vezes pode conduzir a verdadeiras aberrações. Resumindo, aplaudo o Acordo e oxalá seja útil, mas façam o favor de reparar, de ouvir e de ver como se está a falar e a escrever o Português. E até mais do que o escrever, para mim tem importância o falar. Provavelmente, os nossos clássicos escreviam bem, porque falavam bem. Há uns tempos disse e fui mal interpretado, que as crianças na escola têm que ler em voz alta, para que os colegas e o professor ouçam, para que as corrijam, para que ganhem o hábito e o à-vontade de expressar de uma forma clara aquilo que se tem para dizer. Tudo começa na escola primária e o que não se fizer aí, já não se fará no ensino secundário, nem no superior. Arrumemos a nossa própria casa, antes de pensar em políticas externas
da Língua Portuguesa.

Depoimento recolhido telefonicamente

Le point sur l’enseignement de la langue portugaise en France
(Primaire et Secondaire)

Entretien avec Michel Pérez *

Paru dans la revue LATITUDES  n°24 - septembre 2005
75, rue de Bagnolet - 75020 Paris


Propos recueillis par Dominique Stoenesco


Que ce soit à la conférence de Lisbonne, organisée les 6 et 7 décembre 2004 par la Fondation C. Gulbenkian sur le thème « La langue portugaise : présent et avenir », ou dans les éditoriaux du prestigieux « Jornal de Letras », ainsi que dans les nombreux articles parus dans la presse portugaise établie en France, ou lors de la visite du président Jorge Sampaio à Paris et à Lyon au mois d’avril, ou à travers les déclarations des responsables associatifs portugais et les discours des candidats au mandat de député pour représenter les communautés portugaises au Parlement de Lisbonne, lors des élections du 20 février dernier, ou, enfin, à l’occasion de l’Année culturelle du Brésil en France, nous pouvons constater que l’enseignement de la langue portugaise en France représente un enjeu important, comme langue d’origine, mais aussi comme langue étrangère. Or, même si la France reste le seul pays d’Europe à avoir intégré cet enseignement à tous les niveaux de la scolarité obligatoire et non-obligatoire (au lycée après l’âge de 16 ans et en post-Baccalauréat), son évolution demeure fragile et mérite réflexion. Pour cela, Monsieur Michel Pérez, Inspecteur général de Portugais en France, a bien voulu répondre à nos questions.


Latitudes - Pouvez-nous nous renseigner sur l’évolution des effectifs des élèves étudiant le portugais dans le système éducatif français, par type d’options, et aussi sur le nombre des enseignants de portugais ? Quels en sont les points positifs et négatifs ?
Michel Pérez - En 2003-2004, selon les sources de l'inspection générale, dans l’enseignement secondaire (collèges et lycées), le portugais était étudié par 15209 élèves : 12597 élèves en établissements et 2612 au Centre National d’Enseignement à Distance (l'enseignement à distance représente 17 % de l'ensemble des élèves du secondaire).
A ces chiffres s’ajoutent les 4939 élèves qui étudient le portugais à l’école élémentaire au titre de l’enseignement de langue vivante étrangère (ELVE) et 9545 élèves étudiant le portugais au titre de l'enseignement de langues et cultures d'origine1 (ELCO). Il faut signaler qu’à la rentrée 2001, une évolution importante a été produite par l’acte volontariste du ministère portugais de l’Education qui mettait à disposition de l’ELVE un nombre important d’enseignants originellement affectés à l’ELCO (43 maîtres étrangers en 2003-2004) afin d’ouvrir l’enseignement du premier degré à tous les élèves intéressés par l’option portugais. Dans ce cas, les élèves se voient proposer dès leur entrée en 6ème une deuxième langue vivante (anglais). Ces enseignants ont reçu de la part de l’IGEN et de la DESCO une formation afin d’assurer cette transition.
Le total des effectifs incluant les académies des Départements d’Outre Mer s’établit donc à 29693 élèves dans 325 établissements secondaires et 84 écoles élémentaires.
En ce qui concerne l’enseignement secondaire, les choix des élèves se portent aujourd'hui plus nettement que par le passé sur l’option LV2, alors qu'autrefois la LV1 était largement majoritaire, car choisie essentiellement par des élèves d'origine portugaise. Cette évolution du public des élèves intéressés est manifeste par le fait que les options LV2, LV3 et enseignement facultatif sont choisies par 80% des élèves (contre 68 % en 1999).
Pour donner une idée de l’évolution historique, il faut dire que les effectifs des élèves ont progressé régulièrement de 1971 jusqu’en 1988 (20047 élèves) et ont décru ensuite de manière irrégulière jusqu’en 2000, date de l’introduction de l’ELVE à l’école élémentaire. La courbe de tendance reste cependant très positive depuis 30 ans
Les statistiques de la Direction de l’Evaluation et de la Prospective montrent une progression régulière des effectifs d’élèves étudiant le portugais dans le second degré au cours des quatre dernières années (hors CNED) : on est passé de 9625 élèves en 2001/2002 à 11017 élèves en 2004/2005, soit une augmentation de 14,5% du nombre d’élèves qui étudient le portugais en à peine deux ans.
Parallèlement, le nombre d’enseignants en exercice dans le second degré a connu une diminution au cours des 5 dernières années : en effet, il est passé de 338 professeurs en 1998 à 313 professeurs en 2004, soit une perte de 7% des enseignants de portugais, car les départs en retraite et les affectations à l’université, notamment des agrégés, ne sont pas compensées par les recrutements.

Latitudes - Comment expliquez-vous la chute brutale des postes aux concours, notamment au CAPES externe ?
M.P. - Alors que les effectifs d’élèves sont en progression régulière, la chute du nombre de professeurs en exercice peut paraître paradoxale. Elle est essentiellement due à la pratique des affectations sur postes de Titulaires sur Zone de Remplacement qui fragilisent les emplois et incitent les établissements à des réductions d’horaires qui ont pour conséquence des suppressions d’enseignements dès lors que les effectifs d’élèves sont inférieurs à 10-12 élèves dans les classes. En conséquence, des postes sont supprimés d’abord en académies puis au concours de recrutement.
En effet, le nombre de postes mis au concours de recrutement a connu une diminution très importante au cours des vingt dernières années : - 85% en 20 ans. Cette diminution s’est accentuée récemment. En 2005, aucun recrutement n’est prévu au CAPES externe, alors que le concours de l’agrégation externe est maintenu. Il faut dire que les recrutements ont parfois été excessifs par le passé et que les enseignants recrutés le sont pour 40 années de service : cela laisse peu de place pour les renouvellements, car il faudrait que la croissance actuelle des effectifs d’élèves se maintienne à un niveau élevé.
Je précise que l’alternance du recrutement aux concours de recrutement a été décidée pour trois langues vivantes : l’arabe, le portugais et le russe. Trois langues majeures sur l’échiquier international mais trop peu représentées dans l’enseignement secondaire en France. Cette mesure ne frappe donc pas uniquement le portugais, mais nous craignons qu’elle ait des effets destructeurs sur la motivation des étudiants dans les universités françaises.

Latitudes - La généralisation de l’enseignement d’une langue vivante dès le Cours Elémentaire, souhaitée par le Ministère de l’éducation nationale, ne risque-t-elle pas d’annoncer la fin des autres langues vivantes que l’anglais s’il n’y a pas, en même temps, une réelle politique de diversification des langues dès la classe de 6ème , en collège ?
M.P. - Mais précisément, la Loi d’Orientation prévoit que les langues autres que l’anglais ont leur place à l’école primaire et que dans ce cas, les élèves pourront débuter l’étude d’une deuxième langue vivante dès la classe de 6ème. La diversification est donc encouragée par cette mesure. Par ailleurs, la circulaire de rentrée pour 2005 adressée aux Recteurs prévoit la création de classes de 6ème à deux langues vivantes lorsque le portugais, notamment, aura été étudié dans le premier degré. Cela est une bonne disposition pour la diversification.

Latitudes - L’enseignement du portugais à l’école primaire comme LVE semble se heurter à des problèmes didactiques et de formation. Où en est-on ?
M.P. - Je vous rappelle qu’il existe deux IUFM en France (Paris et Bordeaux) qui préparent à la formation des futurs professeurs de portugais. Nous comptons par ailleurs d’autres avancées dans le domaine du premier degré. Dans le cadre de l’intégration de l’ELCO à l’apprentissage de langue vivante étrangère dans un grand nombre d’écoles (quatre-vingt environ), nous avons entrepris depuis 2003 de former les enseignants portugais de langue maternelle à l’enseignement du portugais langue étrangère. Par ailleurs, le portugais peut être choisi comme langue vivante aux concours d’entrée et de recrutement de professeurs des écoles. En outre, nous avons enregistré avec plaisir en 2004 la publication d’un ouvrage didactique par le CRDP de la Guyane destiné au premier degré (« Activités pédagogiques pour l’enseignement du portugais ») composé d’un livret d’élève et un livret du maître (avec CD audio de chansons) publiés à un tarif très modique afin de favoriser une pédagogie active et un apprentissage attrayant dans le premier degré (E. Lopes da Silva et F. Boisseval en sont les auteurs). Le deuxième niveau est actuellement en préparation.
De même, nous avons plusieurs ouvrages en préparation, notamment dans la collection « Progresser en…» du CNDP qui publiera prochainement un CD Rom pour l’apprentissage du portugais langue étrangère.
Nous allons tout faire, dans le cadre de la mise en application des nouveaux programmes de collège, pour publier un manuel réellement adapté à ce niveau d’enseignement.

Latitudes - Que faudrait-il faire, d’après vous, pour assurer une continuité pédagogique école-collège-lycée en portugais ? Car, pour l’instant, la politique des pôles linguistiques dans les académies ne règle pas le problème.
M.P. - Dans le cadre d’un groupe de travail franco-portugais qui a été mis en place depuis 2001, nous avons établi un plan de développement de filières d’enseignement du portugais dans de nombreux sites où la continuité école-collège-lycée est possible. Ces plans de développement sont réactualisés tous les ans et transmis aux Inspecteurs d’Académie Directeurs départementaux des services de l’Education nationale qui les intègrent à leur réflexion sur la carte des langues vivantes en académie. Par ailleurs, je dois préciser qu’à la suite de la visite de M. Jorge Sampaio, Président de la République du Portugal, un nouveau groupe mixte de travail vient d’être mis en place par les deux ministres de l’Education Nationale qui se sont rencontrés afin de développer conjointement l’enseignement du portugais en France et du français au Portugal. Notre ministre, M. François Fillon a à cette occasion annoncé des objectifs ambitieux.

Latitudes - Si, d’une part, la LV2 est désormais obligatoire au Baccalauréat général, d’autre part, la LV3 est en situation de quasi disparition, ce qui n’est pas une bonne nouvelle pour des langues comme le portugais. Qu’en pensez-vous ?
M.P. - Il faut se souvenir que le portugais est fortement enseigné en LV2, une option qui représente 50% de nos effectifs. Le plan d’intégration du portugais dans le premier degré favorisera sans doute encore l’option LV2, car il permet une présence accrue dans la structure. Par ailleurs, que je sache, personne n’a programmé ou annoncé la disparition de la LV3. Il y a donc des perspectives très positives, notamment dans le cadre de l’Europe où l’apprentissage des langues vivantes fait partie des priorités arrêtées par différents Conseils Européens, notamment dans le cadre des processus de Lisbonne (2000) et de Barcelone (2002).

Latitudes - Y a-t-il, entre l’Inspection générale de Portugais et le Service de Coordination de l’Enseignement (Ambassade du Portugal) un travail de concertation ? Quelles en sont les questions prioritaires ?
M.P. - Il existe un dialogue et une concertation permanents entre l’Inspection générale et le Service de Coordination de l’Enseignement portugais de l’Ambassade du Portugal. Nos objectifs prioritaires sont naturellement l’intégration de l’enseignement primaire et la définition de sites sur lesquels nous pourrons implanter l’enseignement du portugais dans l’ensemble de la scolarité. Ceci passe obligatoirement par une information préalable des écoles, des familles, des associations, puis par un recensement de la demande sociale, enfin par un effort de formation commune. Depuis 2002, grâce à cet effort, nous avons mis en place dans 84 écoles un enseignement intégré pour 5000 élèves. Il existe une réelle connaissance mutuelle et réciproque, une volonté d’aboutir ensemble, car ce ne peut être que par un effort conjugué que nous parviendrons à intégrer durablement l’enseignement du portugais langue étrangère dans le système éducatif français.
Notre collaboration est également fondamentale dans la mise en place et dans la gestion des sections internationales dont nous avons récemment réalisé 4 nouvelles implantations en 5 ans : lycée Montaigne (création de deux postes à exigences particulières), collège Pierre et Marie Curie (78 - Le Pecq), lycée Balzac (Paris 17ème), collège et lycée Europôle de Grenoble avec implantation d’un poste à exigences particulières. Et prochainement, comme l’annonce en a été faite dans la presse à l’occasion de la visite de M. Jorge Sampaio, une section sera ouverte au lycée International de Gerland à Lyon. On peut dire que nous travaillons dans un esprit de coopération très positif avec Mme Gertrudes Amaro, Conseillère culturelle, chargée de l’enseignement auprès de M. l’Ambassadeur du Portugal à Paris.

Latitudes - Quelles sont, d’après vous, les conditions nécessaires pour que l’enseignement du portugais en France ait un statut durable et reconnu ?
M.P. - Il faut avant tout que l’offre d’enseignement du portugais dans le second degré soit plus large et plus systématique : il ne devrait pas exister de bassin d’enseignement où le portugais ne soit pas proposé dans au moins une filière d’établissements, du collège au lycée, et si possible depuis le premier degré ; il faudrait que l’information soit plus présente et qu’elle s’inscrive dans la durée auprès du grand public, de la part de nos partenaires portugais et brésiliens ; il serait nécessaire que la population portugaise vivant en France reconnaisse enfin l’importance stratégique et symbolique de sa langue et de sa culture en inscrivant ses enfants dans les cours de langue portugaise qui sont proposés dans le système éducatif français. On ne peut pas continuer à revendiquer continuellement l’ouverture de cours de portugais et ne pas inscrire ses enfants dans ces cours lorsqu’ils existent ! De cette reconnaissance officialisée dans le système éducatif naîtra un statut équivalent pour le portugais à celui des autres grandes langues telles que l’anglais, l’espagnol, l’allemand etc. Il conviendrait enfin que les associations de professeurs de portugais en France qui oeuvrent pour la diffusion de la langue portugaise et des cultures lusophones soient davantage soutenues dans leurs efforts.

Latitudes - En cette année surtout, où le Brésil tient le devant de la scène en France, ne pensez-vous pas qu’un travail important doit être fait par l’institution scolaire sur la représentation qu’ont les Français des langues, en l’occurrence le portugais ? Ne doivent-elles pas acquérir davantage un droit de cité dans les médias ?
M.P. - Vous avez tout à fait raison et c’est pour cela que le Ministère de l’Education Nationale a ouvert un concours scolaire à l’occasion de l’année du Brésil, concours doté de nombreux prix, notamment de 20 séjours au Brésil d’une semaine offert par Embratur, l’agence brésilienne pour la promotion du tourisme. Ce concours a permis de mettre en relation 150 écoles, collèges et lycées brésiliens et français pour un véritable jumelage électronique qui a permis un travail en commun sur des thématiques communes qui déboucheront sans doute sur des jumelages d’établissements. Ce concours est l’occasion que donne l’institution d’aller voir le Brésil de plus près, loin des clichés et des idées toutes faites. Telle était également l’objectif de la publication d’une revue nationale (Textes et Documents pour la Classe n° spécial de décembre 2004) par le Centre National de Documentation Pédagogique qui montre en 54 pages la réalité contemporaine du Brésil expliquée par des scientifiques et des pédagogues. Mais il faudrait que ces efforts ne soient pas sans lendemain.

Latitudes - Qu’est-ce qui peut donner envie à un élève ou à un étudiant en France d’apprendre la langue portugaise ?
M.P. - La nouvelle brochure publiée par les autorités portugaises « Eu falo português ! Eu também !» qui s’adresse aux jeunes et à leurs parents dans un langage simple et avec des informations très concrètes pour leur dire que « le portugais est une langue d’avenir, passeport pour cinq continents ». Cette brochure est disponible auprès des services éducatifs de l’ambassade du Portugal et sur le site www.jeparleportugais.com . Il faut faire connaître cette vérité toute simple : « le portugais est une grande langue de communication internationale. Parlée sur tous les continents : elle est un formidable atout pour la formation et pour l’avenir d’un jeune ».

Paris, 16 juin 2005

* Inspecteur général de l’Education nationale, responsable du Groupe de Portugais.

.